Se ressourcer et nourrir l’intérieur

En juillet 2015, NiceFuture a lancé son magazine visant à offrir aux décideurs suisses une vision partagée de ce que pourrait être notre société si elle avait fait le pari de la transition écologique. Ce projet comporte une édition annuelle sur trois ans pour imaginer et co-créer un futur viable en 2030, 2040 et 2050. À travers le « NiceFuture Magazine », le public découvre le point de vue d’entrepreneurs, de politiques, de hauts fonctionnaires, de journalistes, de philosophes, d’écrivains, de créateurs et d’aventuriers visionnaires sur ce qui se réalise déjà en Suisse et ce qu’il nous faut engager pour construire un futur souhaitable.

La première édition a été consacrée à imaginer une Suisse durable en 2030 sur des thèmes tels que la finance, la gouvernance durable, l’énergie et la consommation. Dans la deuxième édition, NiceFuture s’est attaqué à de nouveaux thèmes tels que les low tech, le travail de la terre et l’alimentation, l’urbanisme et l’architecture ou encore l’éducation. Pour la troisième édition, NiceFuture a souhaité aborder des thèmes tels que la créativité, la santé, l’économie régénératrice ou encore la transmission des connaissances.

Dans ce cadre, Dominque VINCENT a répondu à plusieurs questions afin de partager son approche sur le thème « Se ressourcer et nourrir l’intérieur » .

1) Quelles expériences vous ont permis et vous permettent encore aujourd’hui de ressentir le sentiment d’unité ?

Portrait de Dominique Vincent

Dominique Vincent : Que de réponses possibles ! Regarder un bébé dans les yeux me plonge dans l’espace originel non différencié d’où nous émergeons et nous retournerons tous. Plus je descends en moi, plus j’accepte mes ressentis tels qu’ils sont, plus je me sens universel, connecté à tous et au cosmos. La relation amoureuse m’offre une expérience ultime de fusion avec un autre qui m’ouvre sur le mystère du tout. Déposer ma présence en mon propre cœur et tout est là : je suis dans l’univers et l’univers est en moi… Un matin, à la fin d’une méditation, j’ai vu et ressenti comme une évidence fulgurante que tout était amour, la matière, les cailloux, le soleil, mes enfants… Tout, absolument tout. Bonheur extrême mêlé d’une souffrance intense de ne pas être continuellement connecté à cette évidence avec autant d’intensité…

2) Vous avez énormément voyagé au cours de votre vie. Quelles sagesses vous ont apportées toutes ces expériences, tant sur le plan personnel que professionnel ?

D.V. : La première sagesse est celle de mes origines chrétiennes : amour et don de soi, intériorité dans la prière et l’adoration, émerveillement devant la magnificence de la création, sens du sacré, appel au silence, résonnance à la souffrance des autres et impulsion de la soulager. Dévotion aussi, sentiment fait d’émerveillement devant l’autre, la nature, un animal, une fleur, un être aimé,… et d’élan d’offrande, de désir de fusion et de gratitude.

Je me suis ouvert dès mon adolescence aux enseignements de multiples traditions, certaines que j’ai pu approfondir, d’autres que j’ai seulement visitées avec le regret de ne pouvoir leur consacrer plus de temps. Je suis Soufi dans l’exaltation de la joie et du partage de cœur à travers la danse des derviches, et les Zikrs. Je suis Bouddhiste, par ma vision du monde et par des pratiques de pleine conscience : Vipassana que j’enseigne, compassion active, différents exercices, présence à mes ressentis, cela formant la base de mon approche thérapeutique. Je suis Taoïste pratiquant le Qi-gong et développant la connaissance des centres et des circuits d’énergie de la MTC et des Arts Martiaux. Je suis un Yogi affamé de vivre le potentiel de son corps et des états de conscience qu’il permet. Je suis un adepte du Tantra qui ressent le divin dans chaque cellule, et qui vit intensément sa relation amoureuse, qui dégage une puissance d’amour à répandre sur terre. Je suis un Chaman relié aux forces de l’univers, le soleil, les arbres… attentif aux signes qui lui sont donnés, entre autres en écoutant mes rêves et ceux de mes clients. Je suis un être humain recueillant l’héritage des sagesses traditionnelles, pour les faire fleurir en moi, et pour les transmettre fidèlement aux générations futures. La rencontre du Maître Osho m’a particulièrement aidé sur ce chemin.

3) Sur quels principes et méthodes vous basez-vous dans votre activité de psychothérapie ?

D.V. : Sur tout ce que j’ai dit plus haut, amour, service, désir d’apaiser la souffrance. Tout en approfondissant sans cesse les compréhensions apportées par la psychologie des profondeurs, Freud, Jung, Process therapy d’Arnold Mindell… J’utilise les thérapies psychocorporelles qui sont souvent issues des approches traditionnelles, Yoga, Tantra, Taoïsme. Ma pratique est toujours perfectible : j’apprends en ce moment des techniques de guérison tibétaines faites de sons et de mouvements spécifiques. La réalité humaine est si riche ! J’accompagne des personnes et des couples, et j’anime de nombreux séminaires et formations : Rencontre avec l’enfant intérieur, Danser son ombre, Tantra-Yoga, Couples, relations, Intensif « Qui suis-je ? », Formation au leadership « Le jeu du Roi/Reine ». La toile de fond est jungienne mais les outils sont infiniment variés et puisent dans les traditions déjà citées.

4) Comment pensez-vous par votre travail contribuer à la transformation sociale, notamment des entreprises ?

D.V. : Il y a deux formes d’action d’égale importance sur la société : rayonnement et action. Chacun de nous émet un champ qui a des effets immédiats sur les personnes de l’environnement proche et lointain. Plus nous sommes conscients et ancrés dans notre intériorité qui est présence et amour, plus les personnes autour de nous relaxent et se sentent invitées à entrer en relation consciente et aimante avec nous et avec les autres. Ce travail sur la société est donc d’abord un travail sur moi. Plus qu’un travail, c’est le grand œuvre alchimique qui invite et dépose consciemment les personnes et les évènements dans l’athanor de mon propre cœur. Chaque personne que j’invite et que j’aide dans sa découverte intérieure va à son tour impacter les personnes autour d’elle.

Je me suis préoccupé depuis plus de vingt ans de la transformation des organisations : comment faire passer mes acquis de méditation, de développement personnel et de thérapie dans le monde de l’entreprise, des associations, de la politique. Cela m’a amené à développer une méthode de formation au leadership, le Jeu du Roi. Elle consiste en un psychodrame utilisant les archétypes constituants d’une personnalité accomplie. Ce psychodrame révèle qu’un groupe fonctionne en fonction du monde interne de son leader, conscient et inconscient. Nos intentions conscientes sont souvent piégées par notre monde inconscient. Le Jeu met à jour des pans entiers du fonctionnement inconscient des uns et des autres, ce qui permet de progresser très vite et d’améliorer sa place et son rôle dans la société. Il permet de se réaligner sur ses intentions conscientes en déjouant ses stratégies inconscientes invalidantes et destructrices.

5) Quelles sont selon vous les clés pour construire une société meilleure, plus juste et plus durable ?

D.V. : Devenir soi au-delà des masques et des conditionnements. Remettre au premier plan les valeurs vécues de générosité, de partage, de service, dans un élan qui nait des profondeurs de l’être. Ce ne peut être une éthique apprise et imposée. Cela implique l’expérience paradoxale qu’un acte de générosité est immédiatement ressenti comme un enrichissement. La vie devient un festival où j’ai envie de chanter et de danser en même temps que je me sens en résonnance avec la souffrance, celle des autres comme de la mienne.

Je suis beaucoup en relation avec des chefs d’entreprise. Je m’émerveille de leurs talents, de leur niveau d’énergie, de la passion qu’ils mettent à ce qu’ils font, au risque de s’épuiser et de passer par un burnout. Certains vivent dans l’avidité, devenir de plus en plus riches et puissants et c’est une sorte de drogue. Mais beaucoup sont des êtres généreux qui désirent partager l’abondance créée par leur dynamisme, et aider leurs collaborateurs, employés et clients, à s’épanouir créativement.

6) Comment imaginez-vous l’être humain de 2050 ?

D.V. : Il y a ce que je crains et ce que j’espère. Je vois des personnes accablées par le poids des défis à relever, santé atteinte par des pollutions multiples et par une façon de vivre coupée des forces naturelles. Mais je vois aussi des personnes responsables, éclatantes d’une joie et d’un enthousiasme contagieux, mobilisant leurs énergies pour réparer les dégâts en s’appuyant sur une science et des techniques avancées. Je vois des gens qui partagent équitablement les richesses. Je vois des personnes connectées entre elles et avec la nature, vivant ensemble selon des modes de gouvernance nouveaux dans le partage des tâches selon les aspirations et les compétences de chacun. Je vois des êtres sensibles animés par la générosité, la bienveillance et la gratitude.

Selon vous, quel est aujourd’hui le facteur le plus inspirant pour créer l’avenir ?

D.V. : L’amour ! Le rayonnement des personnes connectées à la Source au cœur de leur être. La conscience que nous n’avons pas à demander aux autres cette connexion, mais que nous devons la réaliser nous-mêmes. De là découle l’intensité joyeuse, le sens du collectif, l’éveil et le partage du pouvoir, en particulier du pouvoir de création, la participation concrète aux expériences positives en cours sur la planète.

Si cela a sa place :

« En vérité vous n’avez pas une vie, vous êtes la vie. La vie unique, la conscience unique qui imprègne l’univers entier et qui prends des formes temporaires pour s’expérimenter elle-même comme une pierre, ou un brin d’herbe, comme un animal, une personne, une étoile ou une galaxie. Pouvez-vous sentir profondément en vous que vous savez déjà cela. Pouvez-vous sentir que vous êtes déjà cela. » Eckhart Tolle