IKARWA, l’arrivée à Bogota

El Amanecer de un Nuevo Tiempo
L’aube d’une ère nouvelle
IKARWA, Sierra Nevada de Santa Marta, Colombie

Septembre 2012

Par Dominique Vincent

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Arrivée

Bogota. Il fait frais. Nous sommes à 2600 mètres. De grands « Bienvenido » partout dans l’aéroport. L’accueil est chaleureux, même de la part des douaniers et des forces de sécurité. Dans la navette qui nous mène vers l’aéroport des lignes intérieures, les couples se donnent davantage de marques d’affection que dans les autobus français. Aéroport de Valledupar, notre point d’arrivée, petite ville aux pieds de la Sierra. Il fait nuit. Un peu d’inquiétude. Comment gérer les taxis ? Les chauffeurs sont-ils comme à Bombay, avides de profiter des touristes ? Non, tout se passe bien, et nous arrivons sans encombre à notre hôtel, fatigués mais contents. Il fait chaud. Nous sommes proches de l’équateur et pas beaucoup au-dessus du niveau de la mer. Le soleil se couche à 6 heures mais il se lève aussi à la même heure le matin. Décalage horaire oblige, nous entendons les premiers chants d’oiseaux qui semblent lutter en volume avec le bruit du trafic, qui lui aussi commence de bonne heure. Deux mondes tellement différents, celui de la technologie et celui de la nature. Je me concentre sur les oiseaux qui jacassent en groupes bruyants : Une foule de perruches ou de petits perroquets au vert lumineux. Tout autour, les monts de la Sierra semblent nous attendre!
Promenade dans la ville, quelques achats. J’aperçois les premiers indiens en costumes traditionnels, un homme et deux femmes en longues tuniques blanches, leurs mochillas – sacs traditionnels dans lesquels ils portent quelques objets personnels -. L’homme frotte son poporo en marchant. C’est une pièce de bois qui contient une cavité dans laquelle se trouve de la poudre de coquillages. Avec une baguette ils frottent régulièrement cette pièce de bois pour les aider à se concentrer. Avec le bout de cette même baguette, ils portent à leur bouche un peu de poussière de coquillages pour activer l’effet des feuilles de coca qu’ils mâchonnent de temps en temps, plante sacrée qui les aide à rester concentré et à mieux oxygéner le cerveau, surtout quand ils se trouvent en altitude. Cela n’a rien à voir avec les effets de la cocaïne concentrée et transformée chimiquement. Je m’arrête un instant pour les regarder, images d’un monde révolu qui porte peut-être en lui-même la promesse des renouveaux nécessaires pour l’humanité. Trois heures de marche sur les bords du Rio, la rivière qui longe tout un côté de la ville. Belle eau claire qui descend des montagnes, mais aussi des bouteilles et des sacs de plastiques partout. Même des décharges au bord de l’eau. Décidément l’homme blanc ne respecte pas mère nature. Des oiseaux, des papillons, des lézards de toutes tailles…
Nous voici de retour en ville. Passage par la « Casa Indigena », lieu du départ prévu pour après-demain matin. Quelques groupes d’Indiens en costumes traditionnels. Nous sommes sur une route très passante et bruyante. Nous prenons un verre de jus d’orange dans une minuscule buvette. Un indien achète une grosse bouteille de coca-cola. Cela me fait mal au cœur. Les aspects noirs et destructeurs de notre civilisation pénètrent partout. Assis à côté de nous, deux femmes et une petite fille de 7 ou 8 ans, je me laisse apprivoiser. Ma première constatation, c’est que, auprès d’eux, le temps s’est ralenti. Je ferme les yeux, je ressens. Je vis la même impression que j’ai eu il y a bien des années quand je suis allé animer un séminaire aux iles de la Madeleine au large des côtes de la Gaspésie au Québec. Des gens qui parlent peu mais qui sentent. Ils sentent comme il faut sentir, quand on est sur un bateau de pêche, la houle et le vent, la couleur du ciel et celle de l’eau. Comme il faut sentir aussi quand on vit dans la forêt pour percevoir où sont les animaux dont certains peuvent être dangereux et pour trouver les plantes qui nourrissent ou qui guérissent.
Nous voilà de retour à l’hôtel sans que nous n’ayons échangé aucun mot avec eux. Pour l’instant sentir, cela suffit. Un poisson grillé, une salade de choux avec quelques morceaux d’avocat et je tombe dans mon lit pour, cette fois, un long sommeil réparateur. Pas besoin de régler le réveil, les oiseaux s’en chargeront bien.

Jour trois

Une autre journée pour se reposer, s’adapter, s’apprivoiser à la Colombie. Apprendre un peu d’Espagnol, se promener dans les rues bruyantes et animées du centre ville, découvrir la cuisine du Pays. Derniers achats : Un grand chapeau de paille pour me protéger d’un soleil qui se révèle féroce entre des orages assez fréquents. Deux matelas de camping car nous avons oublié les nôtres en France. Enfin l’hôtel Sonesta pour rencontrer le groupe et enregistrer notre présence. Nous découvrons que nous serons beaucoup plus nombreux que nous ne l’avions imaginé.
Nous voici sur les bords de la piscine de l’hôtel Sonesta. Nous sommes environ 150 invités en terre indienne en provenance de 23 pays. Sont présents des « ainés » invités, d’autres communautés indiennes d’Amérique et aussi des représentants du Japon et d’Australie : Un prêtre Inca en costume traditionnel qui a passé 90 heures en autobus pour rejoindre le rassemblement en provenance de la Cordière des Andes Equatoriennes. Un Maya du Guatemala, Cristobal, un autre du Mexique, Pedro Pablo. Un couple, homme et femme médecine d’une petite tribu du Grand Canyon des Etats-Unis en costumes traditionnels. Pauline, une grande dame imposante et digne, apparemment très âgée qui se déplace avec sa canne, représentante Maori. Nous apprendrons plus tard qu’elle s’est engagée toute sa vie pour la défense des droits de son peuple en Nouvelle Zélande et aux Nations Unies. Une Japonaise, prêtresse chamane des premiers habitants d’Okinawa. Un guérisseur Japonais. Jasmuheen aussi, cette femme Australienne connue internationalement pour ne s’être nourrie essentiellement que de lumière ou de Prana depuis une vingtaine d’années. Elle a été une des inspiratrices de cette rencontre après qu’elle ait rencontré des membres des communautés Kogis et Arhuacos il y a un an ou deux. Ceux-ci l’ont immédiatement reconnue pour sa sagesse et son énergie et lui manifestent fréquemment toute leur confiance.
Une fois inscrits, nous faisons connaissance avec quelques uns des participants. Je m’approche un peu de l’Inca qui me semble particulièrement ouvert et avenant. J’observe les quelques Indiens présents. Quelques minutes plus tard nous entrons dans la salle de conférence de l’hôtel. Le porte parole des Arhuacos, Callisto, ouvre les présentations avec traduction en espagnol par Sebastian et en anglais par une excellente traductrice dont j’ai oublié le nom. Je m’en excuse auprès d’elle… Cette obligation constante de double traduction rend les échanges souvent laborieux. La soirée donnera surtout lieu à des informations pratiques.

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