Aimer l’enfant en soi

Il y a des jours sombres où la fragilité s’installe.
Où l’enfant éperdu, tout au fond de l’adulte, réclame ce qu’il n’a pas reçu.
De l’amour en rivière, des caresses en cascade.
De la sécurité à en oublier le danger.
Que même la peur existe.

Mais cet enfant perdu qui n’avait rien reçu de parents trop distants, ne sait plus ces jours là vers qui, vers quoi, crier son désarroi.

Je suis, nous sommes beaucoup à être un de ces enfants-là, enfoui dans les plis et replis de notre habit de grand.
Encore une fois frappé d’oubli.

Alors… Prendre son temps, s’asseoir, ouvrir ses bras et enfin regarder cet enfant que nous avons été, noyer son âme dans ses yeux immenses qui nous appellent, nous interpellent avec intensité.

Se souvenir de ce qui lui a manqué, et le bercer avec une infinie tendresse.

Le rassurer. Lui murmurer sans cesse qu’il ne sera plus jamais seul, oublié, affamer d’amour à en mourir.
L’aimer tellement qu’aucune peur ne pourra plus jamais souiller son regard d’ange égaré.

Lui dire les mots qu’il n’a pas entendu, la musique des sourires qu’il n’a jamais connu.
Et l’aimer tant, que notre souffle devienne le sien, qu’il respire enfin le parfum de la joie, qu’il écoute le fin rire cristallin de l’enfant protégé.
Et l’aimer encore et toujours,
Chaque jour lui offrir cet amour qui lui avait été volé.
L’aimer suffisamment pour qu’il ne soit jamais mendiant.

Apprendre à aimer, c’est déjà cela :
Aimer ce tout petit enfant qui n’ose même plus pleurer.
Aimer notre fragilité qui vient de cet enfant désespéré, le protéger, l’illuminer.

L’aimer assez pour que la solitude elle-même s’incline à son chevet.
Et alors lui et moi, moi et lui, dans la lumière dorée qui nous unit,
Être à nouveau capable d’aimer le monde entier.

© Marie de Solemne