Leadership et Jeu du Roi/Reine

Avant-propos : définir le « Leadership » en 2019

Dans le monde actuel, le leadership peut être un phénomène prisé et recherché à tout prix, ou il peut être dénigré, voir condamné. Dans le milieu de l’entreprise et de la politique, allons-y gaiement. Je mène le groupe, l’organisation vers l’expansion et le succès, à la limite, quels que soient les dégâts collatéraux. Ailleurs, leadership signifie emprise sur les autres, ne pas avoir son mot à dire, soumission, voire esclavage. Y accéder peut même signifier que je vais devenir collaborateur des pires abus de pouvoir.
Nous – Marie-Anne Gailledrat et Dominique Vincent -, décidons d’utiliser ici le mot leadership dans le sens de la réalité de notre pouvoir d’influence sur les autres que nous le voulions ou non. C’est à chacun de décider quelle sorte d’influence nous voulons exercer, avec conscience et amour, ou avec avidité, égoïsme et mépris.

Vivre le plein potentiel de son leadership naturel

Atteindre le plein potentiel de son leadership naturel, c’est tout simplement s’ouvrir aux possibles de sa nature humaine. Ce processus est certainement toujours imparfait car il s’actualise dans la réalité humaine instant par instant dans des contextes d’espace et de temps en constante évolution. Vivre son plein potentiel revient à accepter et vivre, dans la continuité du présent, le jaillissement infini de la vie qui a sa source à l’intérieur. Nous sommes des êtres en cours de réalisation. Tout accepter, non comme fatalité mais comme challenge ! Les réponses, décisions et actions viennent de l’acceptation de ce challenge continuellement renouvelé. C’est la vie ! Osons-nous vivre la vie? Notre vie ? Avec ses réussites, ses joies, et aussi ses catastrophes ? Nous nous situons dans la continuité des travaux « Full catastrophe living » de Jon Kabat-Zinn ou « Tomber plus haut » de Guibert Del Marmol.

La vie jaillit et prend forme en nous selon notre nature, notre essence qui n’est pas celle d’un arbre ou d’un animal mais de l’homme et de la femme en complétude. Qui sommes-nous ? Cela va se révéler à chaque instant grâce aux défis qui nous invitent à la meilleure réponse possible, celle qui vient des tripes, du cœur, de notre regard et de nos compréhensions lucides. Ces réponses jaillissent selon des structures fondamentales, expression de notre nature humaine commune, les archétypes. Pour faire l’expérience de l’intégralité de notre humanité, il est indispensable que les chemins de réalisation que sont les archétypes soient grands ouverts. Pour cela il nous faut les débarrasser des blocages que sont nos conditionnements, nos croyances, nos peurs, qui les encombrent et qui font obstacle à notre spontanéité vivante et jaillissante.

Les archétypes, quels sont-ils ?

Ce sont des énergies profondes qui donnent formes à notre élan de vie. Nous avons retenus les archétypes, du guerrier tout feu tout flamme, de l’artiste esthète et amant, du sage réservé et conseiller, du bâtisseur rationnel et efficace, de l’inconnu qui ne sait ni qui il est, ni ce qu’il peut apporter aux autres et qui est là disponible, du Roi ou de la Reine enfin, qui les intègre tous.

La voie de l’intégration

L’intégration c’est vivre le plein potentiel de ses énergies aux multiples facettes, c’est vivre sa vie avec ses émotions, sans rien occulter tout en étant capable de s’adapter à son environnement. « Il faut que je me débarrasse de ma colère, que je dépasse mes peurs, que je sorte de ma dépression. » Non ! Écouter, accueillir, ressentir, comprendre, transformer… Ça, oui.

Découvrir son leadership viscéral

Un stratège a besoin d’analyse et de planification, ce qui fait bien sûr partie des qualités nécessaires pour un véritable leader. Cela ne suffit pas à motiver et à entraîner les autres dans la réalisation d’un projet commun. Le leader a besoin de feu, de courage, de vitalité, de lucidité, d’alignement, de capacité de décision… Souvent ce sont des qualités innées qui font partie de la génétique, de l’éducation familiale, des exemples de personnes proches dans l’enfance. Qu’on le veuille ou non, les enfants d’une famille d’entrepreneurs ont beaucoup plus de chance de réussir une entreprise que ceux qui sont issus d’une famille d’ouvrier ou de petits fonctionnaires. Les statistiques le prouvent. Pourtant, la pratique du Jeu du Roi/Reine bouleverse nos habitudes jusqu’à retrouver la capacité inhérente à chacun de (re)trouver son leadership. Il est possible d’acquérir, de développer, de sauvegarder, d’ajuster de telles qualités. Comment ? En trouvant son intelligence viscérale, celle qui vient de son cœur et de ses tripes.

Des pratiques physiques, sports, Yoga, Qigong, Arts martiaux apparaissent indispensables mais pas suffisantes. Pour nous, l’essentiel se trouve dans la capacité qui se développe tout au cours de la vie, de nos vies, de suivre, de plus en plus en continu, le fil du jaillissement et du devenir de mes émotions et de mes ressentis. En ce moment précis, nous en écrivant, vous en nous lisant, que deviennent nos énergies ressenties ? Pour moi (Dominique), je sens une motivation intense qui est ancrée dans mon abdomen, qui mobilise le milieu de ma poitrine, qui s’aligne dans une détermination que je ressens dans ma colonne et dans mes yeux. Pour vous ? Je ne peux rien en dire, cela vous appartient…

Dans une présence intense, déterminée, lucide, courageuse, tel le samouraï tenant son sabre bien droit et qui sait l’émergence du geste précis, le leader est là au centre.

La réceptivité, partie féminine du leadership.

Enfin, le leader, homme ou femme, se doit d’être homme et femme, androgyne. Nous sommes conditionnés à voir le/la leader dans son côté masculin. Pourtant, il/elle, ne peut être complet que quand il/elle est aussi pleinement femme. Qu’est-ce que l’essence du féminin qui n’invalide pas le masculin, qui, bien au contraire, lui donne une base solide et l’équilibre ? Sans tomber dans des banalités, parlons de patience, d’accueil, de compréhension de « l’humanitude » de chacun qui se présente, d’une capacité de nourrir et d’encourager les aspects positifs de l’autre sans s’alourdir sur ses limites. Le côté féminin, c’est découvrir la vastitude d’un regard non jugeant qui voit bien au-delà des apparences conditionnées.

Nous résumerons notre vision des véritables leaders comme étant des hommes et des femmes complets, c’est à dire qui, paradoxalement, savent qu’ils ne le sont pas, mais qui sont en démarche consciente pour le devenir.

Dominique Vincent et Marie-Anne Gailledrat, le 27 juin 2019.