Dossier spécial : La Danse de Kali

Vivre totale

Accueillir toutes les parties de soi, y compris nos ombres qui cachent des richesses insoupçonnées, mettre en conscience nos émotions pour en transformer l’énergie, retrouver notre intensité, notre soif de vivre, notre nature divine…

Un grand défi : comment dépasser nos conditionnements familiaux et sociaux, nos croyances, les traces des traumatismes, personnels, de classe ou de nation, tout ce qui nous limite, pour déployer notre plein potentiel. Nous nous vivons si souvent petit et limité. Danser nos ombres est une voie majeure vers l’expansion de notre être. Pour cela, nous avons créé le séminaire « la danse de Kali » en collaboration avec Didier Pajot, un percussionniste hors pair formé aux tambours sacrés de l’Afrique de l’Ouest.

Le mythe de Kali

Tous les mythes dont nous parlons sont à comprendre et à expérimenter comme des archétypes présents et agissants dans notre inconscient.

Shiva et Kali

Dès que nous comprenons que nous devons arrêter de nous battre contre nos fantasmes et nos émotions, il nous devient possible de tirer parti de tout ce qui survient dans notre monde intérieur pour en nourrir notre énergie vitale.

Shiva, le Dieu de la conscience suprême, le Maître des cycles de création et de destruction de l’univers, est assailli par des géants innombrables. Il est submergé et terrassé. Au dernier moment, alors qu’il gît déjà sur le sol, une ultime pulsion de survie jaillit de son nombril et se manifeste sous la forme d’une femme terrible, déesse à plusieurs bras munis de différentes armes de guerre. Elle lutte furieusement mais va elle-même succomber sous la puissance et la violence des géants quand elle constate que, chaque fois qu’elle coupe un bras ou une tête, toute goutte de sang qui tombe au sol se transforme instantanément en un nouveau monstre. Dès lors elle boit immédiatement le sang de tous les démons qu’elle tue. Elle devient de plus en plus puissante car elle bénéficie de l’énergie de chacun de ses assaillants.

Ainsi en est-il de notre monde intérieur où notre conscience est continuellement submergée par notre activité mentale, nos fantasmes, nos peurs, les traumas de notre passé. Dès que nous comprenons que nous devons arrêter de nous battre contre nos fantasmes et nos émotions, il nous devient possible de tirer parti de tout ce qui survient dans notre monde intérieur pour en nourrir notre énergie vitale. Boire le sang de nos monstres intérieurs, c’est aussi commencer à les aimer. Nous pouvons choisir de les identifier, de les comprendre, de les prendre à bras le corps…

Comment réussir cette transformation alchimique? Le stage « La danse de Kali » vous en donnera les outils pratiques.

Kali Kali Ma

L’image de Kali n’est pas que farouche et terrifiante, loin de là. Elle est la mère cosmique, la matrice d’où tout émerge et où tout retourne, l’univers, les êtres vivants, nous les humains. Tout ce qui émerge dans le champ de notre conscience, le corps et les sensations, les émotions, les objets mentaux et même notre sentiment d’exister, tout cela vient de l’océan matriciel des origines et y retourne naturellement.

Nous pouvons voir en elle les forces de destruction mais aussi l’amour créateur et maternel qui est la texture même de toute chose. En langage bouddhiste, elle est vacuité et création, émergence et dissolution de tous les phénomènes. Elle est terrible car elle nous invite sans cesse à la non saisie, au non-attachement, car tout passe. La seule issue positive est de nous livrer, de nous abandonner complètement dans ses bras en faisant confiance à son amour absolu alors même que nous rencontrons la jouissance et la souffrance, la naissance et la mort, à chaque détour de nos vies. Pour parvenir à cet abandon, il nous apparaît indispensable de traverser plusieurs étapes, la première étant de reconnaître le drame absolu de l’existence humaine faite de terreur, d’espoir, de colère, de jouissance, de jalousie, de joie, de souffrance, de mort, d’extase… Toutes les émotions s’invitent d’elles-mêmes. Qu’en faisons-nous? Au cours du processus, devenons-nous des êtres de plus en plus intégrés et aimants, ou amers et désespérés ?

Entrer dans la perspective de la mère Kali qui peut être si terrible mais qui aussi veut nous voir grandir et épanouir tout notre potentiel grâce aux défis et épreuves qu’elle nous propose de traverser. Dans cette perspective, faire l’expérience que l’existence n’est qu’amour nous semble être le but d’une vie.

Mahakala et Mahakali

Le mot Kala signifie le temps, et Maha grand. Mahakala est le grand dieu du temps. Dans le Bouddhisme tibétain, Mahakala est le partenaire de Mahakali, la grande Kali, la déesse de l’espace cosmique. Éternellement enlacés, ils représentent la réalité ultime de l’espace-temps. Noirs tous les deux, ils symbolisent le vide absolu sans couleur et sans forme et cependant réservoir et source de toute forme et de toute couleur qui puissent exister. C’est le point zéro, le vide absolu dans lequel le « big-bang » a résonné et le trou noir où tout se rétracte, se condense et disparaît dans le retour au vide.

Le couple de Mahakala et de Mahakali ne sont pas des réalités éloignées de notre quotidien. En lui se trouve le secret du bonheur. À tout moment le monde des phénomènes apparaît dans notre esprit sous forme de sensations, d’émotions et d’objets mentaux. Tout naît et meurt, constamment. Seul le point source qui est aussi le point de disparition demeure. Constatation terrifiante qui peut devenir apaisante et mener au bonheur. J’accepte de vivre intensément tout ce qui se présente à moi mais je ne m’y accroche pas. Seulement par ma propre présence, au centre du cyclone, au centre de la danse cosmique et éternelle, je demeure.

Méditer dans la matrice

Cette méditation peut se faire dans n’importe quelle position confortable. Assis le dos bien droit la rendra plus tonique. La pratiquer dans son lit avant de s’endormir et/ou le matin au réveil convient parfaitement. Représentez-vous que votre respiration est comme une vague dans l’océan qui émerge des abysses mystérieux, se soulève et retombe, sans cesse, jour et nuit, les jours de bonheur ou de malheur également.

Portez attention à cette vague dans votre corps. Cherchez-en l’origine au plus profond de votre ventre. Pour ce faire, à la fin d’une expiration, attendez une seconde ou deux le début de l’impulsion d’inspirer. Permettez à cette inspiration d’émerger, de s’épanouir et de retomber par elle-même. Quand vous êtes en attente de l’inspiration, dans ce court intervalle où rien ne se passe, vous pouvez plonger dans la matrice. Quand l’inspiration commence, acceptez de devenir complètement la vague en sachant que vous ne pouvez en empêcher la retombée. S’accrocher au sommet de la vague serait futile et absurde.

Une fois que vous réussissez dans ce processus, vous connaissez le secret. Vous pouvez considérer tout ce qui vous arrive de la même façon, une sensation, une image mentale, une émotion, le jour, la nuit, votre propre corps…. Tout dans l’existence apparaît et disparaît et c’est juste une question de rythme et d’amplitude, de fréquences et de champ. Grâce à cette prise de conscience, la vie promet d’être beaucoup plus légère et tonique. Cela est très simple mais simple ne veut pas dire facile. Il est extrêmement difficile de lâcher prise, nos attentes, nos espoirs, nos idéaux, ce que nous croyons savoir… Lâcher tout cela est vécu comme une mort. À s’exercer par cette méditation! Chaque fin d’expiration est une petite mort, le moment d’attente, une porte sur le mystère de l’espace-temps, l’inspiration, une renaissance.

Kali, sexualité, amour

Relations amoureuses et sexualité ont le potentiel de nous faire vivre tous les aspects de Kali, de la rage la plus totale à l’amour le plus extatique. L’invitation du Tantra par la danse de Kali est aussi de relever le défi de l’amour humain, de ses agonies et de ses extases. La rencontre amoureuse et sexuelle nous transporte dans un monde d’intensité de passion, corps et âmes.

Pour y parvenir les partenaires devront développer de nouvelles qualités de présence, tout autant faite d’écoute intérieure que d’écoute de l’autre, des besoins partagés et des besoins de chacun. Ils devront apprendre à traverser positivement leurs émotions. Ils devront entrer dans leur intimité avec une extrême lenteur, celle qui rend chaque geste, chaque sensation, sacrés, en pleine conscience, dans la magie de ce qui survient, libérés de toute attente et de toute idée préconçue. Alors seulement l’expansion, l’espace matriciel, l’extase au-delà même de l’expérience orgasmique tant recherchée!

Mort et renaissance, la fête chrétienne de Pâques

Nous organisons la Danse de Kali le week-end de Pâques fête chrétienne. Son symbolisme rejoint les mythes de l’Inde de mort et de renaissance. Une des réalités humaines les plus difficiles à appréhender est celle de notre finitude. Tout dans l’existence apparaît et disparaît, y compris notre corps.

Est-ce que notre conscience individuelle perdure au-delà de notre vie dans ce monde? Fond-elle dans un océan de conscience? Dans quel état d’esprit aborder la perspective de notre fin de vie? Chacun fait face seul à son destin et doit trouver ses propres réponses, à moins de se référer à un système de croyances toujours sujet à caution. Dans le processus de la Danse de Kali les participants sont invités à accepter la perspective de la mort et la visiter comme une voie de sagesse. La vie apparaît alors dans toute sa richesse et dans toute son intensité. Comme le chante le poète Tagore: « Au festival de la vie, j’ai été invité et j’ai dansé tant que j’ai pu. » Quand à Osho, il affirme: « Seuls ceux qui vivent totalement peuvent traverser la mort avec confiance et gratitude et faire l’expérience de l’éternel présent. » Quel défi!