Tantra au cœur de l'être

Savoir être, savoir faire

S’arrêter de faire dans le simple plaisir d’être et ainsi être prêt à mieux faire et peut-être même gagner en efficacité.

La formule est tellement banale. On pourrait la simplifier encore en disant être et faire. Comprenez bien : être est premier, faire est second. Sans conscience d’être, le faire est superficiel, manque de profondeur et d’impact. Savoir être, être tout simplement, c’est en même temps le plus facile et le plus difficile. Être, c’est facile, juste ne rien faire, être là, au repos, savourer le simple plaisir d’exister, étendu au soleil comme un lézard, assis dans un fauteuil, tranquille.

Mais voilà, nous sommes addicts au faire. Le faire n’arrête pas, n’arrête jamais. S’activer pour préparer un repas, manger, aller à la salle de gym, au travail, boire un verre avec des amis, appeler au téléphone, passer un temps précieux sur les réseaux sociaux, regarder les nouvelles, etc… etc…

Et quand nous sommes épuisés, parce que tout cela épuise, quand nous nous écroulons, épuisés, le repos n’est pas là, le simple plaisir d’être n’est pas là, parce que le mental, lui, continue à s’activer.

Et ainsi, nous ne pouvons pas récupérer, nous ne pouvons pas nous reposer vraiment, nous ne pouvons pas descendre dans les profondeurs de notre être, là où se trouve la source de notre énergie.

Comment apprendre à ne rien faire ?

Apprendre à faire, nous savons, toute notre éducation a été cela : apprendre, apprendre, apprendre, apprendre à marcher, à parler, aller à l’école, apprendre, apprendre, à l’université, formation continue, apprendre, apprendre, apprendre, sans cesse apprendre.

Une seule chose que nous ne pouvons pas apprendre, c’est être. Être n’est pas le résultat d’un apprentissage, être ne vient pas d’un savoir plus. Être se découvre, se reconnaît, et pour cela, une seule chose est nécessaire, s’arrêter. Vous pouvez dire : savoir s’arrêter ! Mais justement, ce n’est pas un savoir, c’est juste s’arrêter. Et comment s’arrêter quand la compulsion à s’activer est là ?

Toutes les méthodes de méditation consistent justement à trouver des moyens qui nous permettent de sortir de la compulsion de l’action, la compulsion du faire, pour juste retrouver le simple plaisir d’être. Ici, maintenant, tout de suite !

Je peux vous proposer quelques pistes, quelques expériences toutes simples.

En voici une : remarquez que, même quand vous me lisez, vous m’écoutez, votre corps est toujours en train de faire quelque chose, d’avoir un léger mouvement, un pied, des doigts, la respiration, cligner des yeux. Peut-être même que vous m’écoutez en conduisant ou en mangeant.

Faites un stop absolu, arrêtez de bouger complètement pour quelques secondes, même de respirer. Retenez votre souffle totalement immobile. Puis laissez-le reprendre pour quelques respirations conscientes.

Donc la première mini-technique, c’est de faire de temps en temps des mini stops. Arrêtez complètement même les mouvements des yeux, des paupières, des globes oculaires. L’autre élément majeur, c’est de garder la respiration en suspension là où elle est, les poumons pleins, ou vides, ou entre les deux. C’est possible de rester quelques secondes comme ça, en fait jusqu’à 20 ou 30 secondes sans effort.

La deuxième mini-technique que je vous invite à expérimenter, c’est observer votre respiration et de prendre conscience des pauses naturelles.

Plus vous êtes tranquille, plus vous allez être conscient qu’à la fin de l’inspiration, au moment où la respiration tourne de l’inspiration à l’expiration, il y a une légère suspension du souffle. Vous pouvez prendre conscience de cette légère suspension, peut-être même l’accentuer légèrement. Une fraction de seconde suffit, et une porte s’entrouvre. A la fin de l’expiration c’est la même chose, mais pour la plupart des gens, probablement vous, la pause est plus longue. C’est une porte qui s’ouvre à quoi ? A une sorte de sentiment océanique.

Une fois que vous avez expérimenté ces petites techniques, en fait, elles ne sont pas si petites, ces techniques. Elles sont majeures, elles sont immenses, parce qu’elles ouvrent des portes à autre chose que du faire, du faire, du faire. Après les avoir pratiquées, vous pouvez faire une expérience beaucoup plus prolongée.

Simplement, asseyez-vous dans votre fauteuil, sur un banc dans un parc, au bord de la mer, au sommet d’une colline, et vous êtes là, simplement à écouter avec tous vos sens. Quand je dis à écouter, c’est encore un faire et encore un effort. Une meilleure façon de dire serait : vous êtes juste là, tous les sens ouverts, toutes les perceptions ouvertes, sans effort, complètement au repos. Vous recevez plein de messages sensoriels. Le mental va avoir tendance à les analyser. « Tiens, ça c’est le bruit d’une voiture qui passe, ça c’est le chant d’un oiseau. Quelle sorte d’oiseau c’est ? » Non, non, non ! Simplement être là, tous les sens ouverts, et savourer.

Quand vous êtes capable, quand vous devenez progressivement capable de cette sorte de pause, votre énergie va se reconstituer, va se régénérer de l’intérieur. Vous devenez une batterie en train de se recharger toute seule. 

Et quand la batterie est bien chargée, le faire, l’activité, va devenir un plaisir spontané. Alors des cycles vertueux vont se mettre en route : le plaisir de l’activité, l’intensité de l’activité, le plaisir de l’intensité dans tout ce que vous faites, et le corps va vous dire, tout votre être va vous dire : « Maintenant c’est assez. Je retourne à la phase fondamentale, à l’espace fondamental. Je me repose dans le simple plaisir d’être, je suis, tout simplement. » Quelle merveille !

Curieusement, vous allez découvrir qu’il y a une intensité maximale dans le non-effort, le non-faire, le non-penser, juste d’être. Une densité d’être dans une relaxation totale.

Dominique