Tantra et Yoga
Pour moi, ces temps de chaleur avec des périodes de repos sont propices à des réflexions profondes. Et ces réflexions, dans les circonstances de l’été, se fondent naturellement sur la présence au corps, aux éléments, à mon intégration dans cet univers, avec moins le stress du travail, avec des codes assouplis pour beaucoup, des temps hors de la ville, du bruit, des immeubles, trafic, métro, qui nous écartent d’une vie plus connectée, plus sauvage.
Pour moi, c’est l’entrée dans le Tantra.
Ces derniers jours, ma réflexion se porte sur les approches que j’estime complémentaires du Yoga et du Tantra.
Par curiosité, je fais une recherche Google sur les pratiques respectives du Tantra et du Yoga et leur incidence respective en France
Le résultat m’a totalement surpris.
- Un Français sur cinq aurait pratiqué du Yoga dans les trois dernières années. Cela fait 10 millions de Français. Si on le rapporte à la population adulte, la proportion est évidemment énorme. C’est un adulte sur cinq.
- Pour le Tantra, surprise. Ce qui émerge en premier, c’est un article de “Elle” qui dit que 40 % des Français seraient passés par des pratiques sado-masochistes. On voit tout de suite la connotation de ce qu’est le tantra pour les Français et la réputation du Tantra dans l’imaginaire collectif, sa place dans les pratiques sexuelles assez spéciales.
Si vous me lisez en ce moment, c’est que vous faites certainement partie de ceux qui ont déjà pratiqué du Yoga et qui s’intéressent également au Tantra.
Vu la façon dont le mot Tantra est connoté dans les médias, est-il juste de présenter notre travail sous ce sigle? Notre site qui présente l’ensemble de notre œuvre s’appelle bien tantraaucoeurdeletre.com !!!! Qui va l’ouvrir ?
Cela invite donc à une réflexion de fond sur Yoga et Tantra , deux polarités complémentaires que je définirais d’emblée comme volonté-action versus relaxation-accueil.
Qu’est que le Tantra ? Qu’est que le Yoga ? Ont-ils un rapport entre eux ? Et qu’est-ce qu’une telle réflexion peut nous apporter de vital ?
Le Yoga et le Tantra sont nés dans un même milieu, celui de l’Inde antique. Ils partagent les mêmes compréhensions du corps énergétique, de l’univers. Les dieux et déesses dont ils parlent sont à comprendre comme des réalités archétypales qui animent l’univers, et qui habitent chacun d’entre nous, qui font partie de notre corps-conscience.
Parvenir à la saisie directe de qui nous sommes vraiment, de notre plein potentiel.
Parvenir à une personnalité pleinement intégrée, l’état du Bouddha, l’éveil.
Pourtant, même dans les temps anciens, il y avait une différence d’approche et de sensibilité entre les enseignements et les pratiques du Tantra et du Yoga.
Pour un pratiquant de Yoga, il y a toujours une volonté d’obtenir quelque chose : la santé, de se régénérer contre le vieillissement, la souplesse, obtenir des postures parfaites, calmer son mental, etc. Il y a toujours un effort et une pratique pour obtenir quelque chose.
Le Tantra nous invite à entrer dans un espace de sensorialité, de sensualité, et pas seulement avec le partenaire amoureux si nous en avons un, mais avec tous les éléments.
Le parfum, les arômes distillés par la nature au soleil, la sueur sur nos tempes et la brise qui vient les rafraîchir, l’eau fraîche, celle de la rivière, celle de la mer, celle de nos boissons, la carafe d’eau qui perle, ses gouttes, et qui va rafraîchir notre gorge.
Le Yoga, c’est la voie de l’action. C’est la voie du guerrier. C’est la voie de beaucoup d’exercices, beaucoup de choses à faire pour arriver à l’intégration de tout ce qu’on est, pour atteindre la réalisation de soi.
Le Tantra, c’est la voie du non-faire, de la réceptivité, de l’accueil à tout ce qui est, rendre les armes avec humilité, se laisser porter par les énergies de l’univers.
Dans le Tantra, à l’extrême, il n’y a plus aucune pratique, ou bien les pratiques sont très subtiles. Il s’agit de développer le témoin, la présence, et de savourer tout ce que la vie nous offre. À l’extrême du Tantra, c’est juste simplement vivre en étant totalement attentif, présent, tous les sens en éveil.
Et la rencontre du Yoga et du Tantra, c’est quand je pratique des postures, je pratique des exercices qui demandent un effort physique, juste pour le plaisir, parce que ça semble une évidence que c’est ce que j’ai à faire, qui surgit en moi comme envie de faire maintenant, et en laissant tomber toute attente de succès ou de réussite ou d’obtenir un effet quelconque. C’est le contentement profond de celui qui ressent ses élans de vie et qui leur permet de s’épanouir dans la réalité présente.
Dans ma vie, j’ai besoin de ces deux attitudes complémentaires. Chaque personne a une sensibilité, qui tend plus d’un côté ou de l’autre, volonté, versus réceptivité, guerrier, versus rendre les armes.
Dans la vie, pouvoir vivre les deux, se construire avec les deux, comme il y a le jour et la nuit, le temps de l’action et le temps du repos, suivre les rythmes.
Les taoïstes l’expriment à leur manière : le non-faire dans le faire et le faire dans le non-faire, l’intégration des deux.
Le non-faire dans le faire : quand je fais, je suis porté par le jaillissement de l’énergie qui s’accumule grâce aux moments de réceptivité.
Et quand je ne fais rien, je laisse à travers moi aussi les forces de l’univers se condenser, agir et rayonner.
C’est la synthèse de l’être intégré, de l’éveil du Bouddha.
Dominique VINCENT