Tantra au cœur de l'être

Ce qui m’intéresse maintenant

Je suis un jusqu’au-boutiste. Ce qui m’intéresse maintenant dans la vie, c’est de travailler avec des jusqu’au-boutistes. Quand je dis travailler, je dis, si possible, inspirer, et en tout cas collaborer, créer un cercle avec des personnes qui ont envie d’aller jusqu’au bout d’elles-mêmes.

Qu’est-ce que veut dire aller jusqu’au bout de soi-même ?

Aller jusqu’au bout de soi-même en déconstruisant tout ce qui est appris, toutes les conventions, tout ce qu’on nous a dit qu’il fallait être, et le faire dans toutes les dimensions, dans le domaine de nos émotions, dans le domaine de nos schémas de pensée, et aussi dans le domaine de ce qu’on peut appeler spiritualité, qu’on l’appelle spiritualité laïque, qu’on dise que Dieu c’est l’amour, qu’on dise qu’il n’y a pas de Dieu, une spiritualité qui est vraiment dans la rencontre avec l’innefable, le mystère absolu dans notre être, et de plonger dedans.

Jusqu’au-boutiste, ça veut dire remettre en cause tout ce que nous pensons, et tout ce qu’on nous a amené à penser sur plein de domaines, j’aimerais tous les domaines, aussi bien dans le domaine de ma santé, comment prendre soin de mon corps, d’aller visiter tout ce que je peux absorber, ça ne veut pas dire que je peux tout absorber, mais d’avoir une enquête ouverte sur tous les moyens et de décider de prendre des risques pour prendre soin de mon corps de multiples façons, que ce soit le yoga, les médecines traditionnelles chinoises, l’alimentation, etc., et de tout remettre en cause et de faire confiance que j’ai du bon sens pour comprendre ce qui se passe et j’ai au moins la conscience d’aller voir les gens qui ont du bon sens et qui se posent des vraies questions.

J’ai envie de réussir à collaborer avec ceux qui sont capables de s’intéresser à tous les systèmes qui se présentent à eux au niveau de la santé, mais aussi de la psychothérapie, du bien-être, et qui vont mettre en cause toutes les idées acquises en faisant des recherches croisées. Qu’est-ce que c’est qui a du bon sens ? Et aussi en expérimentant, en osant expérimenter dans tout ça.

Donc une psychothérapie, une thérapie, des gens qui sont prêts à aller jusqu’au bout, jusqu’au bout de leur thérapie, jusqu’au bout de leur santé physique, émotionnelle, et qui sont prêts à suer pour cela, qui sont prêts à se mettre en cause continuellement, et à apprendre tout le temps.

C’est la même chose vraiment sur le plan intellectuel, de ne prendre aucun point de vue comme quelque chose d’acquis et d’assuré, et d’oser prendre en compte ce qui ne dit pas : c’est vrai parce que c’était au journal de 20 heures, quoi. Bon, ça c’est le plus grotesque. Mais il y a mille et une façons de se laisser influencer par les médias, par les amis, par la famille, voilà.

D’être capable à tout moment de pouvoir faire un volte-face, c’est-à-dire vraiment changer de point de vue parce que quelqu’un d’autre me présente quelque chose qui a du sens. Et ce n’est pas d’être une girouette, c’est d’être capable de s’enrichir, de s’enrichir, de s’enrichir et de coller le plus possible à ce qui semble se rapprocher de la vérité, la vérité des êtres, la vérité de ce qui se passe dans le monde, par exemple.

Ce qui me tue, ce qui me tue, j’utilise ce mot en lui donnant toute sa force, parce que la plupart du temps, nous sommes, nous vivons comme des morts-vivants. Et ce qui nous rend morts-vivants, c’est de ne plus faire confiance à nos élans de vie, à nos intuitions, à ce qui nous allume vraiment, et pour le confort, la sécurité, préserver notre couple, etc., etc., nous ne suivons pas nos élans. Et de cette façon, nous nous coupons nous-mêmes nos propres ailes.

Jusqu’au-boutiste aussi, dans le domaine de la spiritualité, risquer aussi le plus possible d’approches. Pour moi, ça a été de m’informer beaucoup sur les yogis de l’Inde, de l’Inde ancienne et moderne. Ça a été de participer à des retraites de toutes sortes, de découvrir ce que sont les méditations actives, de les faire à fond, à suer jusqu’à la dernière goutte de sueur de mon corps.

Et tous les jusqu’au-boutistes qui sont prêts aussi bien à se donner intensément avec tout leur corps dans des pratiques de danse sacrée et aussi qui sont capables de prendre le risque de s’asseoir en silence, regarder leur mental qui tourne à toute vitesse, mais laisser tout cela se déposer.

Voilà. Donc en fait les jusqu’au-boutistes, c’est ceux qui, quand ils voient une statue de Bouddha, regardent la paix, la compassion, l’amour, qui se disent : ça c’est mon être le plus profond, c’est ce que je veux devenir. C’est en même temps ce que je sens que je suis par droit de naissance, mais c’est ce que je veux devenir. Et qui vont être prêts à tout faire pour ça, à tout risquer pour ça.

Et maintenant, j’ai 82 ans, alors pour aller jusqu’au bout, la pression monte. Et en même temps, la pression monte pour relaxer encore plus, pour être encore plus moi-même et aussi pour oser, maintenant, quand j’ai encore toute ma vitalité, d’oser tout ce que je n’ai pas encore fait dans ma vie et que je peux encore faire physiquement.

Toute mon amitié chaleureuse à tous ceux qui m’ont écouté ou lu jusque-là.

Dominique VINCENT